Trois lettres, un Z et un cœur autour du A : la signature de Zam donne déjà le ton. Avec son trait plein de fantaisie, l’artiste sierroise a posé son univers sur les vitrines de dix commerces de Tramelan, à l’invitation de Tramlabulle. Une manière joyeuse et poétique de faire entrer le festival dans les rues, un mois avant son ouverture.

Tramlabulle : Pour commencer, peux-tu nous raconter ton parcours en quelques mots ?
Zam : J’ai toujours dessiné, depuis que je suis capable de tenir un crayon. L’illustration, ou l’art en général, c’était un rêve depuis longtemps, mais la vie, le parcours, les questions financières… tout ça m’en a un peu éloignée. Et puis, pour mes 40 ans, je me suis dit : maintenant, j’y vais vraiment. J’ai quitté les jobs plus « classiques » pour me consacrer à l’illustration. Je me considère comme illustratrice professionnelle depuis le 1er janvier 2026. Mon parcours n’est pas très linéaire : j’ai touché au graphisme, à l’illustration, au game design… sans formation précise, plutôt au feeling.
Tramlabulle : Quand le festival t’a proposé de dessiner sur des vitrines, qu’est-ce qui t’a motivé à dire oui ?
Zam : Je me demande d’abord si le mandat va me permettre de dessiner ce que j’ai vraiment envie de dessiner, sans être trop enfermée. J’ai fait beaucoup de choses très cadrées avant : des logos, des chartes graphiques, du graphisme, même avec mon entreprise de biscuits… Là, il fallait surtout répondre aux attentes des autres. Avec ce projet, j’ai senti qu’il y avait une vraie liberté. Je pouvais vraiment être dans mon dessin, sans me demander tout le temps si ça allait plaire.
Aux enfants qui viennent la voir travailler : « Surtout on ne dessine pas sur les vitres à la maison ! »
Tramlabulle : La seule vraie contrainte, finalement, c’était de rester dans l’univers de la BD ?
Zam : Oui, et c’est une contrainte assez ouverte. La BD, ça me parle depuis toujours. C’est une grosse source d’inspiration pour moi, avec les dessins animés de mon enfance. Aujourd’hui, j’ai surtout envie de choisir des projets qui me permettent de rester dans cet univers-là et de dessiner des choses qui m’animent vraiment.
Tramlabulle : Concrètement, comment tu t’y prends pour dessiner sur une vitrine ?
Zam : Sur les vitrines, j’utilise simplement de l’acrylique blanche au feutre, dans le style des Posca. Je ne travaille ni avec de la couleur ni avec du remplissage : c’est vraiment du trait, avec de petites hachures pour donner un peu de relief. Je pars d’un croquis noir et blanc assez simple, puis je laisse aussi une part de spontanéité sur place.
Tramlabulle : Qu’est-ce qui change quand on dessine debout, sur une surface verticale, plutôt que sur une feuille ou un carnet ?
Zam : Le plus compliqué, c’est surtout la surface. La vitre est très lisse, le feutre glisse, donc il faut avoir un trait assez sûr. Avant de commencer, je reste souvent 10 à 15 minutes devant la vitrine, juste à regarder, à visualiser la composition, les proportions, la place des personnages. Je travaille beaucoup à l’œil, sans règle ni mesures précises, sauf parfois un peu de scotch pour les lignes droites. C’est vraiment là que tout se joue.
Tramlabulle : Au départ, on t’a fourni des photos des vitrines avec des dimensions. Comment passes-tu d’un petit croquis au format A5 à une vitrine de plusieurs mètres de long ?
Zam : Je pars d’un croquis, mais je le pense dès le départ comme quelque chose de modulable. Sur une photo, on ne perçoit jamais complètement l’espace, la distance, ni ce qu’il y a derrière la vitre. Une fois sur place, il faut pouvoir s’adapter : élargir un élément, en déplacer un autre, ajouter un personnage… Mon croquis est resté assez fidèle, mais j’ai quand même ajusté certaines bulles et ajouté quelques détails.
Tramlabulle : Au départ, on imaginait des scènes très liées au festival, avec des files de dédicaces par exemple. Toi, tu as tout de suite placé ton cadre : « je ne dessine pas d’humain. »
Zam : Oui, c’est vrai que les humains réalistes, ce n’est pas forcément ce qui m’inspire le plus. Du coup, j’ai imaginé un univers où les objets prennent vie : un verre, une tasse, un gobelet… Et puis j’ai intégré mon petit personnage, le Dézidé. Il est né à la sortie d’une école d’art. J’avais envie d’une figure qui porte mon univers, ni fille ni garçon, inspirée de l’ampoule de BD qui représente l’idée. Dans mon imaginaire, on plante une ampoule dans une boîte de conserve, on arrose et, quelques jours plus tard, une idée pousse : un Dézidée. Ils se ressemblent tous, un peu comme les Schtroumpfs, mais chacun a son caractère. C’est un délire total, mais je crois que ça fonctionne bien.
Tramlabulle : Y a-t-il eu un moment plus compliqué ou un vrai défi pendant ces quelques jours à Tramelan ?
Zam : Le plus gros défi, ça a été la vitrine du magasin de sport. Je savais qu’elle était grande, mais une fois devant, je me suis dit : « Ah oui, quand même ! » Il y avait la taille, la perspective… et j’avais envie que chaque vitrine ait quelque chose de différent, donc je me suis lancée. Monter tout en haut avec les escabeaux, ce n’était pas forcément évident, mais c’est aussi ce qui a rendu cette vitrine assez marquante.
Tramlabulle : Quelles sont les références qui nourrissent ton univers graphique ?
Zam : La BD, c’est vraiment ma base. J’ai grandi avec Astérix, Spirou, Picsou Magazine, Cédric, les Schtroumpfs… Et puis il y a La Famille Passiflore, qui m’a beaucoup marquée pour les détails. Tout appartient à l’univers des lapins, jusqu’au crayon en forme de carotte. Cette idée de décliner tout un monde autour d’un motif, ça m’inspire énormément. Après, il y a aussi l’univers kawaii, la culture japonaise, les grands yeux, les petites joues, le côté mignon et coloré. Même quand je dessine en blanc sur une vitre, j’essaie que ça donne une impression de couleur et d’énergie.
Tramlabulle : Pendant que tu dessinais dans les rues de Tramelan, comment les gens ont réagi ? Tu as une anecdote à raconter ?
Zam : Les gens de Tramelan ont été adorables. Je dessine souvent avec des écouteurs, un peu dans ma bulle, mais plusieurs personnes m’ont fait signe pour me dire qu’elles trouvaient ça beau. Il y avait des réactions très positives, presque émerveillées. Des enfants m’ont aussi demandé si ça partait, comment ça se nettoyait — sans doute parce que dessiner sur une vitre, pour eux, ça paraît interdit ! Et j’ai vu que mon petit Dézidé intriguait pas mal. Ça m’a donné envie de l’exploiter davantage.
Tramlabulle : Et maintenant, quels sont tes prochains projets ?
Zam : J’ai bientôt rendez-vous avec une éditrice pour un conte pour enfants. L’histoire me parle beaucoup, et l’édition, c’est vraiment un domaine dans lequel j’aimerais entrer. À côté de ça, je travaille régulièrement pour Blue Leaf, l’association de mon mari autour de la conservation marine : des illustrations, du graphisme, des t-shirts, des verres, des affiches… Et ces projets amènent parfois d’autres mandats, comme une série d’affiches pour un festival de bien-être en Valais. Je prends les choses comme elles viennent et on verra où ça mène.












